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A lire toute affaire cessante : « Foutez-vous la paix! »

7 mars 2017

La familiarité n’est, d’ordinaire, pas franchement « ma tasse de thé » mais ce livre m’a enthousiasmé et je ne résiste pas à l’envie de partager cela avec vous!

Dans cet ouvrage tonique, Fabrice Midal, philosophe et écrivain, décrit les comportements très durs que nombre d’entre « nous » (les Occidentaux) entretenons avec nous-mêmes, les injonctions, contraintes et obligations parfois démesurées que nous nous imposons. « Nous nous torturons à intégrer des normes, des modèles, qui ne nous correspondent pas. Nous nous torturons parce que nous voulons « mieux faire » et que nous estimons ne jamais « bien faire ». Nous nous torturons parce que nous pensons que les autres eux savent « bien faire ». Nous sommes pris dans un activisme frénétique qui nous rend complètement aveugles » constate Fabrice Midal. Tellement pressés de « faire », nous en oublions d’oser « être » et de laisser de la place à la spontanéité, au désir, à l’enthousiasme et à la prise de risque, nous dit-il. Fabrice Midal dit « nous » car c’est avant tout sa propre histoire qu’il partage avec le lecteur et c’est à mon sens ce qui rend son propos si convainquant. Au fond, Fabrice Midal ne nous donne pas de leçons, il s’en donne à lui-même. Il s’exhorte à appliquer un certain nombre de principes et nous incite à faire de même en déclinant l’expression « se foutre la paix » à l’impératif! Fous toi la paix, foutons nous la paix…foutez-vous la paix !

Ce livre est une sorte de manuel du B à BA du bien-vivre avec soi et les autres, une version moderne des lettres des philosophes antiques à leurs disciples, qui commence par « se foutre la paix », c’est à dire : accepter que tout ne se passe pas comme prévu, que l’on ne peut pas tout comprendre, laisser place à un peu d’incertitude et pour cela cesser de s’affairer à de pseudo-urgences, laisser faire, arrêter de tout rationaliser, de se comparer, de vouloir être parfait, arrêter de porter des jugements sur soi-même et les autres, s’arrêter et ne rien faire du tout ne fût ce qu’un moment. Impossible me direz-vous! Certes il ne s’agit pas là, encore une fois, de s’imposer l’impossible mais bien au contraire, je crois, de prendre de la hauteur et de rire de nos folles exigences vis à vis de nous-mêmes.

Alors bien sûr, les quelques injonctions du type « cessez d’obéir, vous êtes intelligent » ou « cessez de rationaliser, laisser faire » ou encore « cessez de vous réfrénez, désirez! » que vous trouverez dans ce manuel ne vont probablement pas révolutionner votre existence. Mais elles pourront, nourries des exemples et de l’expérience de l’auteur, survenir dans vos pensées lorsque vous vous observerez en train de faire preuve de dureté avec vous-mêmes, lors d’un épisode de « contrôlite » aigue (définition personnelle de la tendance obsessionnelle à vouloir contrôler l’incontrôlable!), à l’occasion d’une tentative héroïque d’intercaler un exercice de yoga entre la fin de votre journée et votre réunion en soirée ou encore à l’occasion d’une condamnation sans appel après une journée que vous qualifierez de totalement improductive. A ce moment précis, vous vous rappelez peut-être avec bonheur cette exhortation subversive de Fabrice Midal : Foutez-vous la paix! et commencez à vivre…